Une montre ?

Cette idée me trottait dans la tête depuis un bon moment. Créer quelque chose qui dit totalement son contraire. En voilà  le prototype: une montre qui refuse obstinément de nous dire l'heure. Comme si finalement le temps n'existait que dans notre pensée et n'avait pas de réalité tangible. Comme si le temps n'était peut-être que ce que nous en pensons... Existe-t-il en fin de compte ? Ou n'est-ce qu'une représentation de notre durée éphémère.

Alors, il faut se poser la question : Qu'est-ce que le temps finalement ?
Chaque fois que le regarde cet objet, je me pose la question... sans trouver de réponses.
Un jour, peut-être...

Point de fusion

L'argent sterling, composé de 925 parties d'argent et de 75 parties de cuivre passe de l'état solide à l'état liguide à relativement basse température, soit autour de 855 degrés Celsius. Il est donc possible de le faire fondre facilement et de mettre à profit cette caractéristique pour créer des pièces. En faisant se fusionner ensemble diverses pièces métalliques, on peut obtenir un ensemble plus ou moins ordonné ou le hasard et le chaos sont bien présent.

J'ai tenté l'expérience à quelques reprises. Cela n'est pas aussi facile qu'il n'y parait, car il faut contrôler le tout afin que l'état liquide ne soit pas totalement atteint, ce qui créerait une masse informe. De plus les formes de différents morceaux que l'on souhaite fusionner  doivent être "parlant" et constituer un tout bien composé. On essaie, mais le résultat n'est jamais garanti.  J'aime bien ça !

Deux joaillières dont le travail est inspirant

Formée à l’Association pour la Formation et le Développement des Arts Plastiques, Agnès Dubois, propose des bijoux au style très épuré propose une recherche consciente de l’essentiel sans artifices et sans prolifération d’éléments décoratifs. Les formes s’épurent et on y décèle des références à la nature, à la vie végétale des nénuphars et de l’écorce qui s’enroule. Formes d’une grande simplicité, où l’on décèle des références à la structure du corps et à la vie organique. Ses boucles d’oreilles me semblent particulièrement réussies.


Enfin, Andréane Ouellet propose, dans la Collection Salon 2011, des pendentifs où des perles d’eau douce côtoient le métal. On ressent l’aspect brut de l’argent texturé et oxydé, bardé de parties polies. Les perles d’eau douce noires ou blanches répondent au métal en douceur et en volupté.

Bijoux traditionnels, bijoux modernes

Dans une société comme la nôtre, qui succombe volontiers à la tentation de se définir par rapport à ce qu’elle a, il nous est difficile d’imaginer qu’un bijou ne puisse être autre chose qu’un objet de désir.
Objet de convoitise, le bijou est aussi un objet de consommation courante. Ardemment désiré, il s’achète de manière compulsive et est rapidement mis aux oubliettes. Ce qui donne lieu à la florissante industrie du bijou de pacotille.

Pourtant, on retrouve dans plusieurs sociétés rurales traditionnelles une conception bien différente du bijou. Ce fait m’a frappé lors de séjours réalisés au Maroc, il y a quelques années et surtout à la lecture du livre «Les arts traditionnels marocains » de Mohamed Sijelmassi, publié aux éditions Aubanel.

Les bijoux traditionnels marocains dits « berbères », fabriqués en argent, étaient essentiellement portés par les femmes en milieu rural. Ils étaient transmis d’une génération à l’autre et constituaient un patrimoine familial chargé de symboles.

Liés aux personnes, à la tribu et au territoire, les bijoux traditionnels marocains racontent l’histoire des peuples, de leurs multiples traditions locales et du mélange complexe des influences africaines, romaines, arabes et européennes subies au fil des siècles. La fibule, qui s’agrafe sur la poitrine ou sur les épaules, en est un bon exemple. Elle était surtout destinée à attacher des vêtements, certaines ayant pu jouer un simple rôle de broche décorative. Répertoriée depuis le VIIe siècle av. J.C., elle s’est déclinée en de multiples styles au fil des siècles et jusqu’à l’époque moderne. La photo ci-contre présente une fibule en argent moulée fabriquée dans la région de Meknès dans les années 1813.

Chaque région possédait ses propres artisans qui perpétuaient leur art, au point que, selon la forme et la décoration d’un bijou, on pouvait reconnaître avec précision la région de production et la tribu à laquelle appartenait la femme qui le portait. Le port des bijoux était en effet réglé par les coutumes ancestrales. La situation a bien changé depuis la migration de la population dans les villes. Les bijoux traditionnels ont quitté les familles pour se retrouver dans les musées ou dans les souks.

Des pierres et des bijoux

Il y a quelques années, j’ai eu l’opportunité d’acheter des tranches de lapis lazuli en provenance de l’Afghanistan. Avec le Chili et la Russie, ce pays est l’un des principaux producteurs de cette pierre utilisée en joaillerie depuis plus de 7000 ans. J’ai gardé ces pierres au fond d’un tiroir durant quelques années jusqu’au moment où un projet de création s’est présenté à moi.

Selon sa provenance, le lapis lazuli est d’un bleu plus ou moins intense avec plus ou moins d’inclusions de pyrite. Il s’agit d’une pierre que j’affectionne particulièrement, surtout à cause de l’intensité de sa couleur bleue et le chatoiement de la pyrite qui se marie bien avec la couleur de l’argent.

Le lapis lazuli fut aussi utilisé en peinture. Réduit en poudre et mélangé à l’huile, il donnait le pigment bleu outermer, largement utilisé par les peintres avant l’avènement des pigments synthétiques.

C’est à l’atelier-boutique « Agates et cailloux » de Percé que j’ai confié des pierres à des lapidaires qui ont procédé à la taille. J’ai été très heureux de la qualité de leur travail. Ils ont développé une bonne expertise, sachant mettre en valeur des pierres de la région, particulièrement les agates. La boutique présente aussi des créations originales d’artisans du coin.

Fils, anneaux et chaînes

Le travail du fil est d’une grande importance en joaillerie. Bon nombre de bijoux ont des anneaux comme système d’assemblage de leurs différentes parties. Il peut même arriver que le fil constitue l’essentiel de la composition d’un bijou, comme c’est le cas avec le bracelet présenté en mortaise.

Travail fastidieux par excellence, la fabrication de chaînes formés d’anneaux ronds ou ovales demande patience et minutie. On est souvent tenté d’acheter des anneaux de fabrication industrielle, mais bof, on peut apprendre à les faire. On peut aussi être créatif et inventer des modèles d’anneaux et de chaînes qui ne sont pas proposées par l’industrie.

Présente dans toutes les cultures et à toutes les époques, la chaîne, avec l’infinie variété de ses emmaillements est un élément incontournable du travail du bijou.

Ceci dit, l’industrie propose de nombreux modèles de chaînes d’excellente qualité.

La réticulation

Cette technique n’est pas très compliquée, mais le résultat est toujours aléatoire, bien qu’il puisse être contrôlé dans une certaine mesure. C’est donc un bon champ d’expérimentation.
Pour effectuer la réticulation d’un plané d’argent, il faut réaliser plusieurs phases de recuit/déroché de la pièce avant de procéder à une chauffe finale. Si on possède deux chalumeaux, un à flamme douce va maintenir la pièce à une température légèrement supérieure à celle du recuit et un autre à flamme forte va permettre la création des mouvements lorsque la surface sera presqu’en fusion. Le chalumeau à flamme forte est alors déplacé sur la surface pour créer le mouvement des vaguelettes. On peut aussi faire la même opération avec un seul chalumeau et obtenir des textures intéressantes.

J’aime bien le rendu de ce procédé technique parce qu’il permet de créer un environnement totalement chaotique. Il nous rappelle que le chaos est partout dans la nature, même si notre univers se veut ordonné. Il ajoute aussi, par contraste, un effet spectaculaire à un bijou tel que la photo ci-contre le laisse entrevoir.